Jeudi 27 février 2025
Le 19 février 2025 s’est tenu à Goma la réunion du comité de la Conférence des Supérieurs/es Majeurs/es de la Province Ecclésiastique de Bukavu (COSUMA-PROV-BUKAVU). A la fin de la réunion, les religieux et religieuses ont fait circuler un rapport sur la guerre en République Démocratique du Congo, en particulier dans les villes de Goma et Bukavu, et les villes de Butembo (plus au nord) et d’Uvira (plus au sud). Le rapport cherche également à présenter les conséquences des conflits sur les communautés religieuses et la population en général.

SITUATION SECURITAIRE A GOMA BUKAVU, UVIRA ET BUTEMBO
RAPPORT DE LA COSUMA-BUKAVU

Le présent rapport veut revenir sur la guerre qui a eu lieu dans les villes de Goma et de Bukavu ainsi que sur la situation qui se vit Uvira et Butembo. Nous essayons de présenter les conséquences de cette guerre sur nos communautés et la situation qui se vit actuellement, surtout en ville de Goma où la guerre a été plus intense. Ont pris part à la réunion : Révérend père Jean Claude MUSUBAO, Président ; Révérende Sœur Darlène MWASI, Vice- Présidente (jointe en ligne à partir de Kampala) ; Révérende Sœur Anuarite BODHA, Secrétaire. La révérende sœur SIFA BIDAGA, trésorière a été empêchée.

A. DE LA CELLULE DE GOMA

De la guerre elle-même :

Depuis le 26 janvier 2025, la situation à Goma, capitale du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo, s'est considérablement détériorée. Le groupe rebelle M23, après quelques jours d’intenses combats s’est emparé de la ville de Goma.  Rappelons que ces rebelles qui se sont déjà emparés d’une bonne partie de la province du Nord-Kivu étaient déjà à Kibamba, une localité située à 25 km au nord de Goma, depuis fin mars 2022. C’est donc depuis presque trois ans que la route qui relie Goma à la partie nord de la ville était inaccessible, à part les motos et quelques véhicules de certains organismes et de l’Eglise (autorisés). Il en est de même à l’ouest de la ville de Goma où depuis plusieurs mois, les rebelles ont occupés la route sake-kichanga-mweso (la Route Nationale 4), la route sake-masisi (la Route Nationale 2) et la route sake-minova-bukavu (la Route Nationale 2) avant de s’installer dans la cité de Sake qui se trouve elle aussi à 25 km à l’ouest de Goma. 

Prise en étau, c’est donc depuis des années que la ville de Goma était presque isolée du reste de la province et ce qu’on y a vécu dernièrement était prévisible. Stratégiquement, les cités de Sake et de Kibumba étaient importantes pour les m23 en raison de leurs positions géographiques par rapport à Goma, on ne devrait donc dormir tranquillement alors qu’on était entouré comme ça. Ces deux cités permettaient aux rebelles du m23 de contrôler toutes les routes menant vers Goma. La ville de Goma a donc été asphyxiée pendant des années avant qu’elle ne passe sous l’occupation des rebelles du m23 le dimanche 16 janvier 2025 les durs affrontements contre les FARDC, qui n’avaient pas de voie de sortie de la ville.

Pendant plus de trois jours, les habitants de la ville de Goma ont vécus l’enfer sur terre : sous les bombes et tirs d’armes lourdes et légères, sans eau, sans électricité, sans réseau de communication, des pillages çà et là, des viols, des milliers de blessés dont seulement une petite partie étaient pris en charge dans les hôpitaux du milieu, des milliers de morts abandonnés sur les avenues transformant la ville en un cimetière à ciel ouvert, difficulté de s’approvisionner en produits vivriers et autres produits de première nécessité, les camps de réfugiés dispersés après destruction de leurs abris… Une situation dramatique et traumatisante qui a conduit des milliers des personnes à quitter la ville pour se sauver alors que d’autres sont restés enfermées dans leurs maisons pendant tout ce temps.

Des conséquences de la guerre dans nos communautés religieuses :

- Dégâts humain : pas de perte en vies humaines et pas de blessés. Bien qu’il n’y ait pas de perte en vies humaines, il faut reconnaître que la situation était vraiment frustrante et traumatisante.

- des cas de déplacement de membres des communautés : tous les membres de nos maisons sont restés dans leurs communautés. Il n’y a que les sœurs blanches et les sœurs de Saint Vincent de Paul de Lendelede qui avaient quitté la ville. Tous les autres sont restés.  

- dégâts matériels : les dégâts enregistrés semblent vraiment mineurs par rapport à l’intensité de la guerre qui y a eu lieu dans la ville. Sans être exhaustif, signalons cependant certains dégâts enregistrés : chez les salésiens : des obus sont tombés à  l’ ITG où des salles de classes ont été endommagés) ; chez les filles de Marie un obus est tombé sur la grande salle de l’école Mama Mulezi et des bus scolaires ont été endommagé dans le même enclos ; chez les sœurs ursulines : une bombe est tombées sur une salle de classe du lycée Chemchem ; chez les pères caracciolini : un obus est tombé sur une salle de classe de l’Ecole primaire Pier Luiggi Fabbiani; l’école du cinquantenaire gérée par les sœurs Oblates de l’assomption a été systématiquement pillée ; chez les ABIZIRA MARIA, une bombe est tombée dans la communauté, chez les missionnaires d’Afrique (foyer Godefroid Ngongo, une bombe est tombée dans la cours...

A part les obis, les traces des balles sont nombreuses sur les murs de la plus part des communautés. On en a ramassé presque dans toutes les communautés.

- des réfugiés dans certaines des communautés : ayant été chassés de leurs camps, certains réfugiés ont trouvés asiles dans certaines de nos paroisses. C’est le cas de la paroisse Notre d’âme d’Afrique, des missionnaires d’Afrique ; la paroisse notre Dame du mont Carmel, des pères carmes ainsi que de la paroisse St. François Xavier des pères Xavériens. Parmi ces réfugiés on pouvait compter des hommes, des femmes, des enfants sans aucune assistance et dépourvu de force. Nous regrettons le fait que ces réfugiés ont été obligés de quitter ces endroits par les nouveaux occupants. 

De la situation actuelle dans la ville de Goma :

Au moment de la rédaction de ce rapport, la situation actuelle est telle que :

  • La vie reprend timidement. Seules certaines activités ont repris. D’autres préfèrent encore attendre.
  • Il se vit un climat de peur qui pousse encore certaines personnes à quitter la ville.
  • La paralysie de la situation économique suite à la fermeture des banques, microfinances…
  • Les écoles qui ont été fermées sont entrain de reprendre timidement et cela avec beaucoup des difficultés et d’interrogations. Dans la plus part, on a des écoliers qui ne répondent pas présents, probablement p.c.q. ils ne sont pas dans la ville ou p.c.q certains parents craignent pour la sécurité de leur parent…
  • Les hôpitaux sont encore débordés par des blessés de guerres,
  • L’aéroport est encore fermé après avoir été pillé systématiquement,
  • Après la prise de Bukavu, le port Goma a été ré-ouvert permettant ainsi le trafic fluvial entre Goma et Bukavu. Cela a été un ouf de soulagement pour les populations de Goma et Bukavu,    
  • la grande barrière de Goma qui a été fermée seulement pendant 2 ou trois jours est fonctionne normalement,
  • il y a rareté et flambée des prix des produits de premières nécessités sur le marché,
  • des assassinats et des vols à mains armés dans certains quartiers par des personnes non autrement identifiées (pour certains cas cela ressemblerait à des règlements de comptes),
  • de jour ou de nuit, on continue à assister impuissamment à la réquisition forcée ou vol des véhicules (surtout les jeeps) par hommes en uniformes qui les amènes vers des destinations inconnues),
  • même s’il faut reconnaitre que dans certains quartiers de la ville on la « paix » dans d’autres c’est l’insécurité persistante causée par les bandits qui détiennent les armes qui ont été abandonnées par les militaires fugitifs.
  • la présence dans certains quartiers des plusieurs bandit redoutés qui se sont échappées de la prison centrale Munzenze de Goma et d’autres structures carcérales du milieu qui sèment la terreur : assassinat, viol, vol…
  • des milliers des personnes qui ont perdus leur boulots et qui sont au chômage,
  • face au banditisme accru, il s’observe l’esprit de la justice populaire (les personnes qui sont brulées au moindre soupçon, avec le risque de faire subir même les innocents). Les bandits sont exécutés sans aucun respect et dignité pour la vie humaine (on voit les cadavres des personnes brulées qui passent même 3 jours sur les avenues. Ce qui est déplorable c’est que même les enfants assistent à ces spectacles désolants).
  • L’incertitude de certains jeunes qui craignent d’être amenés par force dans l’armée, 
  • Par peur, les gens ont beaucoup de réserve en s’exprimant. 
  • N’ayant pas de prison, on tire sur toutes personnes suspectes sans même se rassurer des faits qu’on lui reproche… La gâchette facile de certains hommes en uniforme fait beaucoup de pertes en vies humaines dans la ville. Il suffit qu’on te trouve dans une situation suspecte et c’est une balle dans la tête comme sanction.  

B. DE LA CELLULE DE BUKAVU

De la guerre elle-même :

Après la prise de Goma au Nord-Kivu, les rebelles du M23, ont poursuivi leur conquête vers le Sud-kivu où ils se sont emparés de la ville de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, le 16 février 2025, alors que les autorités politico-administratives et les forces armées congolaises s'étaient repliées vers le sud-est de la ville, avant que les rebelles n’arrivent. Disons que Bukavu est tombé après que les rebelles aient pris d’autres villages stratégique comme Nyabibwe (le/2/2025), Kalehe-centre et Ihusi (le 13 /2/2025), l’aeroport de Kavumu le 14 /2/2025, Kabamba et Katana le 14 /2/ 2025. C’est cette progression rapide qui a conduit à la prise de Bukavu dans la nuit du 15 au 16 février 2025. Certains religieux se trouvant dans certains de ces villages avaient trouvés mieux de descendre vers Bukavu pour se mettre à l’abri.

Une fois dans la ville, les rebelles ont pris le contrôle de plusieurs quartiers et lieux stratégiques, notamment la résidence du gouverneur et le poste frontière de Ruzizi 1. Cette avancée a permis au m23 de contrôler les deux rives du lac Kivu. Cela vient de permettre aux autorités du m23 d’autoriser le trafic sur le lac, ce qui est quand-même un motif de soulagement pour les populations du nord et du Sud-Kivu.

Des conséquences de la guerre dans nos communautés religieuses :

Dégâts humains : nous rendons grâce à Dieu car on a pas enregistré de blessés et de mort.

Déplacés : on signale seulement certaines religieuses qui ont quitté les communautés dans certains des villages périphériques de la ville pour se réfugier dans leurs communautés au niveau de la ville.

Dégât matériels : malgré les scènes de pillages, des viols, d’assassinat qu’il y a eu dans la ville de Bukavu et ses environs, nous rendons grâce à Dieu car, en grande partie, nos communautés ont été épargnées. Signalons cependant qu’à Ihusi-Kalehe, chez les sœurs angéliques, des bombes ont endommagés les toitures, les plafonds et les portes des bâtiments de la communauté.

Au noviciat : certaines congrégations ont retirés leurs novices le 30 janviers même si les activités du noviciat se sont poursuivies jusqu’au 6 février et puis après on a du arrêter.

A l’ISPF : rien à signaler, à part l’arrêt des activités.

C. DE LA CELLULE D’UVIRA

Alors que les rebelles ne sont pas encore arrivés à Uvira et qu’il y a pas encore de guerre il se vit un chaos traumatisant avec le crépitement des balles, les pillages systématique avec violence voire tuerie, dans des maisons familiales, les couvents des prêtres, des religieux et religieuses… Tous les services banques, pharmacies, centres de santé, marchés … sont fermés. La vie est presque paralysée dans tous les secteurs.

Presque toutes les autorités politico-administratives et celles de l’armée, de la police et une bonne partie de la population ont quittés la ville pour se réfugier, certains à Kalemie d’autres au Burundi ou même En Tanzanie. Ceux qui sont restés sont abandonnés à leur triste sort.

D. DE LA CELLULE DE BUTEMBO

La partie sud du Diocèse étant déjà occupée par les m23, nous craignons que ceux-ci puissent continuer leur progression vers le nord, voilà pourquoi on vit dans le peut et la psychose gagnes les gens au niveau de Butembo et de Beni.

Certaines communautés du sud ont été momentanément abandonnées par ses membres. C’est seulement après que certains courageux sont revenus pour continuer à témoigner de leur proximité et solidarité auprès des fidèles. C’est le cas des communautés de Kanyabayonga, Luofu, Bingi, Kaseghe, Masereka…

Conclusion : C’est tout cela avec beaucoup d’autres situations qu’on vit à Goma. Nous remercions de tout cœur le président national pour la compassion et la solidarité qu’il exprimé à notre conférence à ce moment difficile. Nous remercions toutes les autres conférences pour leur soutien spirituel et matériel. Et nous demandons à tous de continuer à prier pour que la situation s’améliore.